Caroline Fontaine

"Efflorescences"

"Efflorescences"

Des dilatations, des efflorescences, des formes organiques, cellulaires flottent et affleurent sur le blanc du papier. Sein ou courge, fruit ou fleur, animal ou végétal, organismes étranges pris en flagrant délit de turgescence, se retrouvent épinglés sur la feuille comme d’autres sous la lentille du microscope. Des mamelons dressés, du rose pâle au rouge incandescent ; des poches brunes ou grises, parfois hérissées d’une fourrure vibratile ; une cellule cyclope ; des vases communicants ; tout un univers émerge, non identifié, qui semble à la fois inconnu et familier, toujours éminemment intime. Gorgés de suc, ces organismes mènent une vie propre. Des formes glandulaires s’enflent, des saccules entrent en débandade ou en érection. Des membranes prennent contact, fusionnent ou se touchent du bout des lèvres. Les formes s’accouplent ou se superposent ; les couleurs bavent en une tentative d’hybridation. Une vie secrète et silencieuse se mène, délicate et gourmande. Figures seules où en dialogue de diptyques en polyptiques, ce monde invisible se révèle animé de son existence et de ses exigences propres, de ses osmoses aussi naturelles qu’impudiques. Surprenant et spontané, l’étrange herbier de Caroline Fontaine surgit des promenades solitaires, en chambre close, dans l’humidité de l’aquarelle, des techniques mixtes et inventées, des lois des hasards de la peinture.
texte de l'exposition " Minch- Chi" de Veronique Bouruet-Aubertot